Flora Coupin est aux Beaux-Arts de Paris depuis 5 ans, place pour laquelle elle s’est battue. Je la rencontre un soir après le travail, dans son atelier qui me permet de visiter une nouvelle aile des Beaux Arts. Une autre cour, d’autres ateliers, une benne au milieu dans laquelle Flora me dit se servir très souvent pour ses œuvres en volume. Il y a de la musique, des gens qui boivent des bières, qui fument des clopes – oui nous sommes bien aux Beaux Arts de Paris. C’était le rêve de Flora, cette place elle s’est battue pour et après des années à la fac, en prépa art elle a réussi. Sans comprendre ce que ce passage dans cette école mythique impliquerait pour elle, elle en a rêvé. Elle me dit que ce qu’elle a appris aux Beaux Arts finalement c’est le collectif, c’est le vivre ensemble, et je trouve ça beau car l’artiste est bien souvent seul.

C’est seule que Flora Coupin a commencé à créer. Seule dans sa chambre, avec comme premier matériel son visage d’où l’importante quantité d’autoportraits à la genèse de l’artiste. Les objets qui l’entourent ; elle s’en imprègne. C’est la solitude qu’elle me décrit mais aussi l’enfermement. Être seul implique beaucoup de choses et le désir de créer pour une plasticienne commence souvent seule.
En arrivant dans son atelier, je ne vois pas de toile. Dans ce bazar organisé, Flora a du gingembre, des fruits frais, du thé (mais cela ne vous intéresse pas). Elle est en pleine préparation de son diplôme « Cheer up child » alors à côté des fruits, du gingembre et du thé il y a surtout une sorcière, un cercueil, un chat au mur avec des traits humains… On reconnaît les traits de Flora dans chacune de ces œuvres. Ses autoportraits ont en fait muté avec l’artiste. Elle les métamorphose et les transpose dans d’autres figures fantasmées en grandissant. C’est comme si l’artiste représentait avec son regard adulte des symboles régressifs.
L’autoportrait mute. Mais pourquoi est-ce que l’autoportrait mute ?

Pour raconter d’autres histoires, dissimuler une vérité en empruntant une autre apparence. Au lieu d’exprimer crument sa pensée, Flora la dissimule sous d’autres apparences, sous un déguisement. Ce n’est pas une kermesse, c’est l’artiste et son for qui grandissent. C’est l’imaginaire qui s’actualise avec de nouvelles représentations de soi. Une expression adulte dans des codes brouillés, mêlés à l’enfance. La possibilité d’exprimer de façon masquée des questions taboues, crues, de morale.
Est-ce que la vérité sort toujours de la bouche des enfants ?
Flora Coupin fait également appel au texte dans beaucoup de ses créations. Je lui demande pourquoi, et elle me répond que cela est pour elle la suite logique de sa pratique du carnet. Naturellement le dessin et la figuration son liés, superposés. Lorsque Flora représente en peinture à partir d’un dessin, il reste ce désir de mots qu’elle souhaite réaliser. J’ai beaucoup apprécié cette suite de mots « j’ai un désir de mots ». Ces désirs de mots sont en partie nourris par son processus de création : Flora s’imprègne beaucoup des espaces qui l’entoure et notamment les espaces urbains. Elle a par exemple une collection de photos d’enseignes commerciales, de panneaux de signalisation et d’écrits dans la rue. En retravaillant ces espaces subversivement, elle fantasme son imaginaire et le projette.


Ce que j’apprécie avec Flora c’est sa gourmandise en termes de création. Elle ne veut pas se mettre de limite et s’est intéressée aux volumes notamment lors de son passage aux Beaux Arts. Elle m’emmène dans la cave des étudiants des Beaux Arts et c’est un peu comme se rendre dans la caverne d’Ali Baba… C’est une chose de voir des expositions d’installation, c’en est une autre voir ces mêmes œuvres « dormir » dans un sous-sol, emballées dans du papier bulle. Les créations de Flora prennent de la place et j’arrive à travers les emballages à discerner quelques traits aperçus sur son portfolio. Je voulais trop voir la femme enceinte « A Denial » et je la vois à l’envers. C’est grand, c’est si grand ! Tout est immense et la quantité d’œuvres est impressionnante. Le bois a vieilli mais je suis émue devant sa sérié « brain got hands ».


Je suis ravie d’avoir pu échanger avec Flora Coupin autour de sa pratique que je connaissais mais ne soupçonnais pas d’être aussi riche. Sa sensibilité aux choses m’a touché et sa manière de représenter ces choses entre le monde des adultes et celui des enfants m’a touché. En arrivant dans l’âge adulte, il y a tout un remaniement identitaire qui s’exprime à l’approche de l’entrée la vie d’adulte. Avec la fin de l’école, il y a la peur de la suite mais je crois que Flora arrive avec son art à poser ses pensées et elle a une façon contagieuse de parler de son art. Merci Flora !

