Je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer une actrice ; ma première pensée étant habituellement pour les arts visuels, et les peintres particulièrement.
Ne vous méprenez pas ! C’est par le biais de la peinture que j’ai rencontré Lou Lampros pour un café début novembre à Paris puisque j’ai peint Lou, d’après une photographie de Harley Weir. J’aime ces correspondances entre les arts et souhaite en faire un propos plus fort d’où ma volonté aujourd’hui de vous partager cet article à propos de la répétition, dans son travail d’actrice.

Née à Paris, Lou grandit dans le quartier parisien du Marais connu pour ses belles rues bondées de touristes et de « fashion ». Encore lycéenne, elle est repérée dans la rue par une model scout qui aime son profil et qui lui propose de se faire prendre en photo. Si ça ne plait pas particulièrement à Lou, ça ne lui déplait pas non plus et c’est par ce biais qu’elle pénètre dans l’univers artistique. Quelques années plus tard, c’est pour ses rôles au cinéma qu’on la connait.
S’entretenir avec une actrice, sur la répétition c’est entendre à nouveau la polysémie de ce mot qu’on peut comprendre comme entraînement (ou rehearsal en anglais) mais aussi comme un laboratoire dans lequel l’acteur teste, risque, échoue et affine sans enjeu de représentation ; ou encore comme une variation entre chaque prise. Dans un podcast de France Culture, Peter Brook – metteur en scène très connu pour avoir dirigé le Théâtre des Bouffes du Nord – dit « je déteste ce mot répétition parce que c’est l’image même de l’ennui ; on a fait quelque chose et pour une raison, ou une autre, on répète ». Peter Brook préfère le mot redécouvrir.
Qu’en est-il de Lou Lampros ?
Le cinéma permet une vision du monde différente ; celle d’une réalisatrice ou d’un réalisateur. Regarder un film, c’est découvrir quelque chose d’autre qui émane d’une idée de cette personne, idée qui est ensuite traduite et sublimée dans une oeuvre appartenant au monde sensible – notre monde partagé.

Quand une réalisatrice ou un réalisateur pense un rôle, il doit penser à une actrice ou un acteur pour l’incarner. Ce qui intéresse Lou dans ce travail, c’est ce qu’obsède la réalisatrice ou le réalisateur dans le rôle ; et l’actrice devient alors comme une surface de projection – un « écran de projection » dirait-on en psychanalyse.
Comprendre ce qui obsède est ce qui alimente la préparation des rôles de Lou Lampros. Ce travail non pas d’appropriation, mais de compréhension d’un autre corps, passe par la création d’un monde parallèle dans lequel Lou invente secrets et paris du rôle qu’elle joue.
Ce bagage qu’elle se crée me fait penser aux romans familiaux – à nouveau, un concept psychanalytique – qui désignent ces histoires partiellement inventées et transmises dans les familles, qui comblent certains trous historiques de la réalité, afin de donner une cohérence fantasmatique à des passages d’histoires familiales. C’est « ton père est parti acheter une brique de lait, il revient bientôt ».
« Il y a toujours une chose à trouver »
me dit Lou

Lorsque Lou a pensé à cette entrevue, elle me dit avoir trouvé une analogie pour parler du travail d’acteur et de la répétition ;
L’acteur est comme un voyageur
et non un vagabond,
car il n’erre pas et revient
– presque toujours –
de son voyage.
Tout comme le voyage, l’acteur est attiré par une rencontre avec l’inconnu ; tout comme le voyage, cet inconnu devient sa vie.

Lou Lampros voyage beaucoup seule et elle me parle de cette sensation de découverte d’une ville étrangère. La construction de ce bagage/roman familial pour un rôle, est l’arrivée de l’actrice dans une nouvelle ville et des questions
« comment serait ma vie ici ? qu’est ce qui m’est familier ? qu’est ce qui m’est inconnu ? comment faire partie de ce nouveau monde ? ».
Ce nouveau rôle, est comme une nouvelle culture – qu’on pourrait aussi entendre ici au sens agricole, fertilité ?
Ce travail sacré ritualisé est l’essence du métier selon Lou Lampros. Le rituel, est la répétition à proprement parler. Viola Davis qui a joué dans La couleur des sentiments (2011) tient un journal intime pour chacun de ses personnages dans lequel elle consigne peurs, souvenirs et banalités du quotidien avant de jouer. Les mots rituels et sacré organisent symboliquement le dépassement de l’individu – on les retrouve dans la religion, le divin notamment. J’aime l’idée qu’un rituel est souvent la partition par laquelle le sacré se manifeste, et devient expérience vécue.
Merci beaucoup à Lou pour son temps. Vous pouvez retrouver quelques uns de ses films sur MyCanal et on l’espère bientôt d’autres en salles de cinémas!
Pour suivre Lou Lampros sur instagram cliquez ici.


