Racso Jugarap, « it’s a rythm of becoming » 

Il s’agit dans cet article, de montrer que la répétition n’est pas seulement un geste, au contraire : c’est une technique artistique, un écho à des traditions plus anciennes, un moyen de transformation poignant et enfin un élément d’abandon et de sérénité pour Racso Jugarap.

Pour beaucoup de créateur.ices, la répétition fait partie intégrante du processus de fabrication d’une œuvre. Chez Racso Jugarap elle devient un art à part entière, guidant ses gestes et ses mouvements. Ce processus revêt pour lui une dimension méditative, nécessitant de la patience, du calme et de la précision dans le maniement des fils de fer. 

Racso Jugarap Chimera 6, 2025

Ces fils métalliques constituent le socle de ses sculptures. C’est à partir d’un tissage précis qui renvoie à son enfance aux Philippines et à ses débuts dans la joaillerie dans l’entreprise de son père, qu’il façonne des œuvres à la croisée de la décoration, du design et de l’architecture. 

Sur certaines pièces, de fines feuilles d’or, fixées par une pointe de résine, apportent une transparence nécessaire qui allège la densité du métal. Les séries Echinoids, Clypeas ou Chimera témoignent de la dualité entre la fragilité apparente de ses œuvres et la robustesse de leur structure. Elles oscillent entre simplicité et minutie, entre légèreté et tension. L’usage d’une seule couleur : le noir, et de peu de matériaux instaure une cohérence et une régularité dans l’ensemble de sa production.

Dans le tissage du même motif se loge une forme de lâcher prise nécessaire. La répétitivité du geste lui permet de plonger dans ses souvenirs et d’échapper au temps. Le processus de création s’apparente alors à un temps mécanique et quasi robotique où l’artiste devient, en quelque sorte, le sujet de sa propre œuvre. Sa démarche artistique récupère les usages et traditions artisanales des Philippines, évoquant une partie de son identité et certaines traces de son enfance. Les sculptures duelles de Racso nous emportent dans un espace de confection apaisé et silencieux, où chaque spectateur.ice est immergé dans la mémoire de l’artiste. 

Racso Jugarap Chimera 5, 2025

Inspiré par le monde marin et océanique, son travail s’impose comme une matière vivante, donnant l’impression d’un continuel mouvement. Ses formes libres et organiques, parfois abstraites, parfois figuratives révèlent des fragments d’écosystèmes, comme dans la série Echinoid, qui est la concrétisation d’un oursin. 

Chimera, l’une de ses séries les plus emblématiques, intrigue par son antagonisme et sa douceur, la lumière s’y faufile, révélant les torsions infinies du fil de fer qui, répété des milliers de fois, produit des ondulations singulières, au rythme des vagues. L’univers de Racso est léger, lumineux et aérien. Il nous transporte dans un état méditatif et fascinant, oscillant entre la finesse du tressage et la robustesse du matériau.

Racso Jugarap Clypeas 1, 2025

Dans l’art, la répétition se définit souvent comme la reproduction d’un même motif à intervalles réguliers. La régularité rend alors le processus possible. Dans le travail de Racso, ce n’est pas tant l’exactitude qui compte, mais la transformation du geste répété, source d’harmonie. À l’image de la nature elle-même, l’artiste ne cherche pas à imiter, mais à révéler une cohérence dans l’assemblage et la confection. Enfin, sous le projecteur, chaque ombre devient une variation du même geste, la lumière rejoue la répétition, distord et réinvente la sculpture.