Tommy est un artiste peintre et « tufteur » (mot étrange qui signifie qu’il fait usage de la technique du tufting, technique textile), qui vit et travaille à Bruxelles dans un espace d’ateliers partagés appelé « Les Iles Mardi ». J’ai découvert son travail sur YouTube il y a maintenant cinq ans à l’occasion de son « Tommy Show », qu’il animait montrant tantôt son quotidien d’artiste, tantôt le travail d’autres artistes. Parfois ces autres artistes étaient David Hockney, parfois Henri Matisse… Et Tommy s’amusait à décortiquer leur travail, reproduisant quelques chefs d’oeuvres dans l’exercice de les rendre sien.


Suivant Tommy sur les réseaux sociaux depuis, j’ai pensé à lui pour cet édito car je me suis souvenue d’une série de cafetières (ci-dessous) qu’il avait peint, déclinées, et j’étais curieuse de savoir comment il comprenait répétition dans son travail.





Who’s Tommy ?
Ayant commencé à peindre sur les voies ferrées avec le graffiti il fallut quelques années et quelques rencontres, pour que Tommy se projette en tant qu’artiste. C’est à l’université qu’il s’entoure d’amis tagueurs et photographes; et qu’il se met à prendre des photos. Tommy et ses amis participent à plusieurs expositions qui motivent Tommy à l’issue de sa licence de prendre la décision d’entrer aux Beaux-Arts de Marseille pour approfondir la photographie.
Ses sujets sont les espaces urbains et plus particulièrement le quartier de la Visitation dans les quartiers Nords marseillais. Il en photographie la dynamique avec ses habitants, ses murs et bâtiments, tout en participant à la vie communautaire proposant par exemple des ateliers artistiques.


Arrivé au bout de ses trois années aux Beaux-Arts, Tommy n’a plus plus l’impression d’avoir quoique ce soit à raconter avec la photo et commence à se plonger dans la peinture avec beaucoup d’énergie et de passion.
Peindre et exclusivement peindre devient comme revanche sur l’école des Beaux-arts (qu’il a quitté un peu froissé) ; motivé par l’envie de « leur montrer ! ». Et c’est également à ce moment là qu’il découvre le tufting – et que ses oeuvres textiles commencent à devenir une source de revenus qui permet une certaine stabilité mais surtout confiance, je crois, dans ce projet qu’il construisait.

Et sur la répétition ?
Comme lorsqu’adolescent, Tommy s’initiait au graffiti, l’apprentissage de la peinture se fait seul. Il regarde des oeuvres, essaye de comprendre comment elles sont et ont été faites et essaye de les reproduire. J’aime l’idée que la façon dont il pratique est celle qu’il nous montre sur YouTube dans son Tommy Show en s’intéressant aux travaux des maîtres. Avec un regard analytique il découvre et tente de s’approprier un geste avec une ambition qui est beaucoup esthétique, du moins dans un premier temps. J’aime le fait qu’en histoire de l’art on qualifie de naïfs ces peintres qui n’ont pas suivi de formations – mais je crois que le regard ne s’apprend pas à l’école. « The eyes chico, they never lie »; est-on surs?


Donc sa manière d’apprendre est de copier, recopier. Défaire, refaire. Décortiquer, réassembler. Au début sa création peut ressembler au modèle, puis dans la répétition quelque chose de nouveau se reflète dans la peinture. Ce quelque chose serait la somme des gestes, qu’il est impossible d’acquérir et découvrir, sans être passé par ce moment d’apprentissage – lui-même somme d’une répétition. C’est mathématiques ou comme la discipline d’un sportif.
J’aime cette idée de somme inconsciente d’opérations physiques devenues automatiques ? Quoiqu’automatique ne serait pas le bon mot, car possiblement sous entendant irréfléchi. Opérations automatiques car certainement facilitées par l’expérience qui s’acquiert de jour en jour, qui ne triche pas le temps.
« Plus tu le refais,
plus il t’appartient,
plus ça devient toi. »
me dit Tommy
La répétition pour Tommy est envisagée comme une discipline, tel « un samurai du Wu-Tang » me dit-il. Être artiste c’est venir à l’atelier, l’investir comme un vrai lieu de travail, façonner une habitude et se créer un cadre pour être libre de divaguer dedans.
Sur la création Tommy me dit qu’il s’écoute beaucoup et fait attention également à comment il se sent face à sa toile : il est très sensible à l’énergie. S’il commence une oeuvre qu’il ne sent pas par exemple, qu’elle ne lui plaît pas, il préfère refaire plutôt que forcer. Le début d’une œuvre c’est arriver à se lancer, et parfois cela lui prend plusieurs jours. Nous n’avons pas parlé d’intuition mais je crois que le mot s’y prête bien dans sa pratique.

Dans la répétition il y a aussi la possibilité de trouver une nouvelle idée en travaillant en série comme avec les cafetières discutées précédemment, par exemple. Quand une forme plait à l’artiste, il essaye de la décliner, de pousser les gestes devenus connus jusqu’à une nouvelle idée ou au contraire la sensation d’épuisement de l’idée. Bien souvent, la gestuelle répétée et devenue « automatique » apparaît masquée ou différente dans d’autres formes et oeuvres. Nuancée, mais avec un trait parfois similaire. Tommy me parle de « formule secrète » que je comprends comme patte artistique et qui est répétée mais jamais saisie car impossible à conscientiser? Tommy m’a apporté une précision intéressante sur cette idée ; c’est pour lui une formule dont il n’obtient que le résultat, qu’il tente d’écrire sans réussite, comme le mythe des Danaïdes qui remplissent un vase à l’infini.
La formule secrète c’est penser tenir la formule secrète sauf que c’est impossible, et qu’elle échappe tout le temps à la conscience. Mais la quête est amusante et stimulante – et je crois qu’elle est ce qui plait à Tommy. La Tommy twist quête !
Dédicace à Jean
Tommy est aussi le reflet de son temps – il utilise l’exemple des Asics qu’il peint. Mais il est aussi le reflet des personnes qui l’ont entouré et accompagné jusqu’à aujourd’hui. C’est touchant de conclure là dessus mais ça m’a beaucoup touché; dans toute notre conversation beaucoup de reconnaissance et de place accordée à son entourage.
Je lui demande s’il y a une phrase qui l’a marqué et il me cite Jean, un ami rencontré la Visitation qui lui dit,
« Tu peux aller en haut de la montagne
mais quand t’es en haut
n’oublie pas qu’on est en bas »
Jean


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