Échange avec Violette Malinvaud

Récemment représentée à Rome par la galerie T293 pour son premier solo show Je n’ai plus le droit d’en parler, j’ai eu la chance de rencontre Violette Malinvaud, artiste peintre et étudiante aux Beaux-Arts de Paris.

Nous nous sommes retrouvées dans un café en face de la Gare de Lyon dix minutes après mon arrivée à Paris, deux heures avant son départ pour la montagne. 

« Moi dans la piscine du Pyla qui danse un peu », 2021, 65x50cm, acrylique sur toile

Enfant, Violette était celle de sa classe « qui dessinait bien », me dit-elle. Ses pages de garde et couvertures étaient remplies de dessins et de motifs qu’elle prenait plaisir à dessiner afin de remplir l’espace. 

Quelques années plus tard, la voici à la Fondation Louis Vuitton pour l’exposition Jean Michel Basquiat (2018). Cette fois ci, ce ne sont plus ses pages de garde que les spectateurs regardent, mais bien les immenses toiles de l’artiste afro-américain dont l’œuvre retentit encore aujourd’hui (4ème côte mondiale sur artprice, 1er du classement aux États-Unis en 2024). 

Émerveillée, Violette se souvient évidemment de la beauté des œuvres mais également cette jalousie ressentie, devant les réactions des spectateurs face aux œuvres de l’artiste. Elle se promet alors intérieurement d’être « celle dont on regarde les tableaux ! »

Elle fait l’acquisition du magazine des Beaux-Arts sur l’exposition et elle se met à créer. Au début elle travaille différents médiums : dessins et collages principalement. Pas tant la peinture. C’est une fois arrivée en classe préparatoire d’arts plastiques aux Ateliers de Sèvres, lorsqu’une professeure l’incite à transposer ses dessins en grandes peintures, que Violette s’y met. 

Dessins sans titres, 2021, A4, crayon à papier, feuilles

Violette n’y va pas à moitié et passe de son carnet de dessins au format de 200cm x 200cm. Ses toiles envahissent son espace de travail ; elle est remarquée par pairs qui l’encouragent dans cette voie artistique. Motivée, elle rentre aux Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de peinture de Nina Childress.

Les premiers sujets qu’elle peint sont des femmes dodues, formées, dont voit les esquisses sur le dessin précédemment montré. Souvent nues, souvent grosses, ces femmes sont souvent dans une piscine ou non loin d’une piscine. 

« Je ne sais pas s’il y a de l’eau dans la piscine », 2021, 175 x 195cm, acrylique sur toile

Cependant, ces femmes n’ont rien d’érotique.

Violette n’aime pas qu’on les qualifie ces nus de sexuels. Elle ne les peint pas par engagement politique mais parce qu’elle en apprécie le geste. C’est la construction des formes de ces femmes, potelées, qui lui plait. 

Photo de son atelier à St Cloud, 2021

Pour démontrer le geste, on peut apprécier ci-dessus la texture de la peinture montée en couches pour représenter les différentes strates de peau.

Son processus de peinture est le suivant : elle peint directement les formes et contours des silhouettes souhaitées, pour ensuite remplir les différentes parties avec des couleurs travaillant la texture avec des couches à certains endroits ; comme les bourrelets. 

Une autre jeune peintre que j’apprécie pour son travail du nu féminin sujet est Swann Marie. Utilisant une peinture acrylique aqueuse, les différentes strates de peau et bourrelets sont représentées par une saturation de couleurs. 

Sans titre, 2022, dimensions inconnues, aquarelle sur papier

Arrivée aux Beaux-Arts, Violette poursuit son travail peignant des femmes nues néanmoins « sans grande évolution picturale durant la première année » me dit-elle. 

Cette première année est encore marquée par la crise sanitaire et ce ressenti est partagé dans toutes les écoles : pas facile d’évoluer quand le monde semble figé.

De plus, Violette est « impressionnée » par cette institution. 

Se sentant livrée à elle-même elle peinte à trouver sa place. Pour contrebalancer ces difficultés, elle profite de la nature à la montagne chez son copain. Cette liberté est loin de la routine parisienne complètement hors cadre. 

Œuvre multimédia, 2021

Elle ne ressent pas le besoin de peindre tous les jours, d’ailleurs elle ne l’a jamais ressenti. Pratiquant le ski quotidiennement, elle s’inspire de la discipline sportive pour se remettre à la peinture régulièrement dès son retour à Paris. Son objectif devient de réaliser une peinture par semaine.

Violette qualifie sa peinture comme « de crise ». Le mot crise signifie, je le rappelle, brusque accès à un sentiment. 

Ainsi Violette peint des sujets de sa vie souvent liés à un affect désagréable : pour se représenter ces moments mais également pour les sortir d’elle-même, presque par poussées.

« Dans mon rêve, elle s’appellera Dune ou Elisabeth », 2023, 190 x 150cm, acrylique sur toile

Chacune de ses toiles raconte une histoire. Les long titres, écrits comme dits, donnent l’impression que c’est la peintre qui va nous raconter son histoire. 

Pourtant, bien que la réalité soit l’inspiration même de ces œuvres, elle apparait comme changée. Cette altération rappelle le rêve, dont Freud a théorisé trois grands mécanismes qui sont intéressant à l’aune du travail de Violette.

  • La condensation ; quand plusieurs symboles sont regroupés en un seul. Par exemple cela est vu dans la célèbre toile de Dali « La persistance de la mémoire » (1931) avec — la représentation de montres pour souligner le temps qui passe, le fond en décomposition symbole d’incertitude, un paysage démuni inquiétant. 
  • Le déplacement ; quand un symbole est exprimé par un autre. Pour illustrer de mécanisme, la peinture « L’île des morts » (1886) d’Arnold Böcklin qui exprime l’idée d’un voyage sans retour sur une île, qui symbolise en fait la mort. 
  • La symbolisation ; quand l’inconscient exprime ce que la conscience n’ose pas. Un des rêves dont Freud a parlé est celui de la perte de dents, qui serait synonyme de l’angoisse la perte.

Ainsi ces mécanismes peuvent être intéressant pour analyser certains travaux de Violette.

« – Alors je te jette dans la mort et je reviens dans 1 mois tu me raconteras comment c’était ! – T’inquiète avec Caprice on s’est échouées on attend », (2024), 200 x 180cm, acrylique sur toile

Derrière cette peinture est l’histoire d’un événement marquant. En fait, Violette et Caprice, une amie ont vécu une difficulté similaire au même moment sauf que si le dénouement était positif pour Violette ce ne fut pas le cas de son amie, Caprice.

Cet événement est doublement représenté : par la falaise mais également dans le titre « la mort ». L’eau foncée dans laquelle Violette et son amie atterrissent sont surement synonyme de la douleur éprouvée à ce moment et du sentiment de misère dans laquelle elles se sont retrouvées, ensemble. Enfin, les deux filles finissent leur périple sur le rivage, bras dessus, se soutenant. 

En peignant ce tableau Violette nous raconte son histoire et comment elle l’a vécue mais en plus de nous la raconter avec des mots, elle peint ce dont elle a le souvenir. Par réminiscences.

« Laisse tomber je peux pas venir car je dois nettoyer c’est dégeu elle a graille le chien » partie 1, 2024, 180 x 200cm, acrylique sur toile

« Laisse tomber je peux pas venir car je dois nettoyer c’est dégeu elle a graille le chien » partie 2, 2024, 180 x 200cm, acrylique sur toile

Cette année, Violette a changé d’atelier pour rejoindre celui d’Olivier Blanckart, sculpteur. Ce dernier a vraiment joué un rôle dans la conscientisation de son processus de peinture.

Parmi les concepts dont Violette me parle, celui de réminiscence c’est-à-dire le retour à la conscience d’un souvenir ou d’une impression. L’intention de Violette une fois cette remémoration est de peindre pour montrer comment elle a ressenti une situation.

Dans un prochain article, nous développerons d’avantage la représentation d’autrui dans l’œuvre de Violette Malinvaud.  

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Article sur l’interprétation du rêve