Lou Olmos-Arsenne, un artiste contemPOPrain

J’ai eu le plaisir d’échanger un temps avec Lou Olmos Arsenne, artiste peintre originaire d’une station de sports d’hiver dans les Alpes et résidant à Paris depuis maintenant huit ans. Très intriguée par sa peinture, j’ai découvert ses tableaux sur Instagram et me suis prise d’un intérêt fort pour ses dernières séries. 

 « Souvenir », acrylique sur toile, 120 x 170cm (2023)

Avant les Beaux Arts : lycée, université puis prépa arts appliqués

Lou était lycéen à Grenoble dans une section « arts de la scène » et pratiquait régulièrement le théâtre. Une fois le bac obtenu, c’est la capitale qui l’appelle et il s’y rend dans l’optique d’y effectuer une licence de lettres modernes. Le système de l’université ne lui convient pas et il décide d’arrêter. 

Fort de sa personnalité unique, d’un travail de collage et comme il me dit « d’un oral particulier » (qui laisse l’espace à l’imaginaire), il est pris à Glacière une classe préparatoire d’arts appliqués de la Mairie de Paris.

 Collage appartenant au portofolio de Lou lors de son entrée en prépa.

Il n’a pas commencé à peindre de suite. Bien que déjà intéressé par la couleur, le design, la scénographie – il pratique surtout le collage comme « un touriste artistique » me dit-il, qui a « la flemme » de commencer un autre médium. 

C’est un exercice donné par sa professeur Florence Reymond dans lequel il doit faire la peinture d’un paysage français, qui le met sur le chemin de la peinture qu’il n’a pas quitté depuis. Tout lui plait.

« C’était hyper sensoriel, mettre les choses les unes à côté des autres, les aplats, les mouvements. C’est vraiment la facilité, le truc super simple. »

Une fois la prépa finie, Lou entre aux Beaux Arts de Paris pour approfondir son apprentissage de la peinture. Son portfolio regroupe surtout des peintures faites sur carton, comme celle ci dessous.

« Sans titre », acrylique sur carton, 55x55cm (2019)

Les Beaux Arts de Paris

Lou commence auprès des peintres Bernard Piffaretti, Sylvie Fanchon et Dominique Figarella (aux ateliers P2F) qui ont tous une peinture très conceptuelle.

Les sujets de ses toiles à ce moment là sont des compositions de mondes imaginés. La volonté de changer de technique et  « d’apprendre à vraiment peindre » émerge chez notre peintre. Il change d’atelier lors de sa seconde année. Nous verrons d’ailleurs qu’il ne s’est jamais conforté dans une technique ou un médium; sa pratique est constamment en train d’évoluer dans l’objectif de se dépasser. 

Ci dessous, une toile qui représente cette période au sein de l’atelier P2F. On y voit des lignes de couleurs géométriques sur lesquelles apparaissent des visages avec un regard inquisiteur. Ces figures ont une mine presque étonnée, cassant la linéarité de cette peinture. Elles me font penser à des reliques traditionnelles africaines.

 Titre inconnu, dimensions inconnues,  acrylique sur toile

C’est Nina Childress qui sera mentor de notre peintre pendant les quatre prochaines années. Son iconographie l’intrigue; il apprécie particulièrement son choix de sujets qui rappellent les États-Unis dans les années 70 et 80. La consommation, les couleurs pop, ses constructions graphiques sont des sujets qu’on voit dans la peinture de Nina Childress. Elle a une manière de retravailler certaines études qui rendent son travail duel – je pense notamment aux toiles Bad Lesson (2015) et La Leçon (2015) que l’on peut voir sur son site internet.

La figuration commence à apparaître dans son œuvre ; par exemple avec la série de dessins ci dessous, réalisée en 2020. La composition de ces études rappellent un collage : les angles sont nets et les couches comme superposées.

La mine de ces personnages ressort de ces espaces « flous » dans lesquels ils se trouvent. Plus tard, Lou me dira qu’il n’a jamais trop su où il devait être – comme ses personnages.

Lou commence doucement à s’inspirer de photos, mais « sans toucher au réalisme qui m’ennuie trop ».

 « Au soleil du container », acrylique sur toile, 130 x 162cm (2020)

Sortir de l’atelier

Lou déambule dans les Beaux Arts à la rencontre d’autres professeurs. Il commence à travailler les grands formats, d’un geste plus lent, à se confronter à d’autres compositions picturales. Le sens n’est pas la priorité dans son travail à ce moment là. Nous discutons du surréalisme et l’influence qu’a eu ce groupe sur la fonction de l’art. Représenter ses pieds et ses impôts sur le même tableau est original; peut être que le sens de cette toile est à trouver dans son négatif. Ce qui transparait je trouve dans ce tableau est sa spontanéité.

 « Sans titre », acrylique sur toile, 100 x 85cm (2022)

La peinture est vue à ce moment là comme un exercice physique. Sa méthode est de coller la toile à son mur pour la travailler avec force. La légèreté du trait, de la couleur ne laisse pourtant pas transparaître le moindre effort. On croirait presque une aquarelle tant les couleurs se fondent ensemble, ce qui est vraiment significatif de sa force.

 « Sant titre », 120 x 170 cm (2022)

Au même moment où ce geste émerge, Lou peint des scènes du quotidien qu’on pourrait qualifier de « non-sujet ». Il tente d’animer les objets avec ces palettes de couleurs chaudes et ces reliefs poétiques.

 « Sans titre », acrylique sur toile, 120 x 170cm (2023)

Pré-Saint Gervais et diplôme de 5e année

Afin de préparer son diplôme de master, Lou travaille dans un atelier au Pré Saint Gervais. Ce portrait grand format voit le jour, inspiré d’une photographie. C’est le portrait d’un homme dont il retrouve la photo qui l’inspire.

Quand il m’en parle, Lou me confie qu’il y trouve quelque chose de « vulgaire », presque caricatural qui lui déplait au début. Le travail du fond est flou, intentionnellement, dans la même démarche d’aplats proches de la réalité sans en livrer l’intimité. On est partout mais nul part.

 « Sans titre », acrylique sur toile, 85 x 120cm (2023)

Ces tâches de couleur sont là pour tenter de maitriser une perspective que Lou dit ne pas avoir. C’est sûrement le côté le plus contemporain de son trait. Comme dans un rêve, le fond est là mais on ne le discerne pas clairement.

Deux jours avant l’installation de son diplôme, Lou peint « Souvenir« , le tableau que j’ai choisi pour ouvrir cet article. Il le peint en deux nuits, presque d’une traite : « ce tableau était facile » me dit-il. Il y représente son frère et lui, adolescents skieurs. Au moment de conclure une page importante de sa vie, Lou peint un moment de sa vie derrière lui, qui lui apportait beaucoup de joie. C’est comme s’il peignait en contrecoup.

 « Souvenir », acrylique sur toile, 120 x 170cm (2023)

Ce que j’aime avec ce tableau est le détail peint au premier plan comme si la mise au point était sur ce premier skieur – qui est en fait le peintre. 

C’était « la peinture la plus importante » du diplôme de fin d’études de Lou. On ne le voit pas sur la photo ci dessus mais il utilise des pigments argentés réfléchissants la lumière : « j’ai envie que mes personnages soient des stars pop américaines, qu’ils fassent tous le superball ».

Résidence à Hambourg

« Je ne vais jamais vraiment m’inspirer de là où je suis ».

Arrivé à Hambourg Lou peint Paris et ses photos prises en soirée. Son travail relève presque d’une démarche de monteur cinéma : l’artiste va chercher ses plans pour leur redonner une place. Il décortique ses moments à priori. Je demande à Lou si cette démarche est née d’une nostalgie car quand il me livre les histoires derrières ces tableaux, tout parait idéalement bien. Ce sont généralement ses amis qu’on voit représentés au premier plan dans des fonds qu’on ne saurait placer.

Le tableau ci-dessous est inspiré d’une photo prise en soirée dans un atelier luxueux de la Mairie de Paris. L’homme au premier plan semble songeur, je me demande à quoi il pensait. La construction de sa tête rappelle le cubisme masquant toute expressivité et laissant celui qui se prête au regard de l’oeuvre une impression.

 « Sans titre », acrylique sur toile, 120 x 170 cm (2024)

L’émergence de la figure du skieur

Lors de la deuxième partie de sa résidence à Hambourg, Lou change d’espace de travail. Lui vient alors l’idée de travailler en série des portraits de skieurs. Sa discipline de travail est rigoureuse . À nouveau, dans la personnalité de l’artiste l’empreinte de la compétition se fait sentir; s’imposer une discipline de travail fait la différence.

« Je me dis ok là il faut qu’en fasse cent« .

« Tous les jours il fallait en faire un… il faut pas que je perde… C’est inconfortable d’être artiste des fois. C’est pas je me lève, je prends mon thé dans mon atelier puis je réfléchis deux heures à ce que je vais peindre. C’est plus ça quand tu sors de l’école, c’est fini tout ça. »

Certains skieurs sourient, d’autres non. Lou parle de « photosensibilité » qui est un terme dont l’usage peut être apprécié ici. La lumière est le courant qui émane de l’artiste au moment du geste même de peindre. La lumière n’est jamais régulière, elle est pleine d’impulsions. Ce qui est intéressant ici est la variation d’expressions qui naît chez le même sujet représenté à chaque fois à des jours différents. Lou me confie que ses sujets étaient souvent représentatifs de son état psychique à l’instant où il peignait.

On accède ici au résultat d’un travail de sublimation, ce mécanisme dont parlent les psychanalystes qui justifierait certaines manifestations artistiques. Il y a dans l’art ce qu’on voit donc l’oeuvre et ce qu’on ne voit pas. Ce qu’on ne voit pas comprend le travail de recherche, le sens de l’oeuvre mais également l’état d’esprit de l’artiste au moment du geste. L’oeuvre est un aboutissement.

 Quelques uns des Skieurs, acrylique sur toile, 85 x 60 cm, 2024

Et pour la suite ?

Lou songe à quitter Paris. Il est affilié à la galerie Regala à Arles.Toujours dans une démarche de perfectionnement, il travaille de manière assidue sur une peinture par jour. Il est tout à fait possible de suivre son travail quotidiennement sur Instagram en cliquant ici : instagram de Lou.

J’espère avoir su communiquer mon goût par sa peinture. Merci encore à lui pour cet échange enrichissant.